Bandoura
La Bandoura est un instrument de musique méconnu. Typiquement ukrainien, sa forme actuelle résulte d'une évolution qui remonte à avant le 10ème siècle. Similaire en construction et en apparence à un luth, l'instrument possède 32 à 55 cordes : 8 à 14 basses, 24 à 43 aiguës.

Avant le 10ème siècle, l'instrument avait des formes variées et pouvait être accordé de différentes façons (basiquement diatoniques). La standardisation de l'accord est intervenue récemment. La bandoura moderne est chromatique, accordée en sol majeur/mi mineur, et couvre près de cinq octaves.

La Bandoura de Chernihiw a une taille de 10x 50x110 centimètres. Elle diffère des instruments du type luth par la présence de cordes aiguës (
prystrunky), qui servent pour la mélodie alors que les basses sont utilisées pour l'accompagnement, et par l'absence frettes : une note unique est tirée de chaque corde, alors que pour le luth, comme pour la guitare, les frettes permettent de faire varier la longueur vibrante des cordes, et par voie de conséquence la hauteur de la note émise.

Le corps de l'instrument
(koriak) est fait de sycomore (faux platane), cerisier, érable, ou de saule rouge. Les extrémités sur lesquelles se fixent les cordes (obychaïka et strunnyk ) sont en érable ou hêtre. La caisse de résonance (deka) est en épicéa.

Les cordes des bandouras contemporaines sont en acier, les plus basses étant enroulées de cuivre, laiton ou bronze. Jusqu'au 20ème siècle, les cordes étaient tendues à l'aide de chevilles tournantes en bois. Elles ont été remplacées par des goupilles en métal, pour une meilleure stabilité.

La bandoura de Chernihiw se joue en tenant l'instrument devant soi, avec un certain angle. La main droite joue les aiguës, et la main gauche les basses. Avec la technique de Kharkiv (Zinkiv), c'est l'inverse : la main gauche passe au-dessus de l'
obychaïka et joue sur les aigus, et la main droite joue les basses.

La plus ancienne référence à un instrument du type bandoura est une fresque du 11ème siècle de la cathédrale Sainte Sophie de Kiev. L'instrument représenté est probablement l'ancêtre de la bandoura et de la kobza, deux instruments apparentés bien que distincts. La kobza est plus petite, a moins de cordes et celles-ci étaient pressées sur des frettes pour changer de note. Vers le 16ème siècle, des
prystrunky ont été ajoutées à la bandoura, et depuis cette époque, une note unique était jouée par chaque corde.

La bandoura a été très populaire aux 17ème et 18ème siècles, à la
Zaporizka Sitch. Au 18ème siècle, elle a supplanté la kobza, et les deux termes sont maintenant utilisés comme synonymes. Au départ, ces instruments avaient des formes symétriques. En 1894, Khotkhevitch a conçu une forme asymétrique, qui permettait d'accroître la gamme des notes jouées.

La bandoura est devenue un instrument chromatique au 20ème siècle grâce à l'addition de cordes demi-ton, et de dispositifs permettant de monter ou descendre les accords d'un demi-ton. Il a commencé à être étudié dans les écoles de musique au 20ème siècle. Son enseignement est maintenant très répandu. La bandoura est l'un des instruments préférés des ukrainiens, car il constitue un élément spécifique à leur héritage culturel. L'intérêt qu'il suscite explique l'évolution qu'il a subie jusqu'à présent. Celle-ci est appelée à se poursuivre si l'on en croit les nombreuses initiatives visant à perfectionner à la fois l'instrument et la technique de jeu.

Également connus sous le nom de kobzary, les bandouristes étaient des musiciens populaires qui allaient par monts et vaux et utilisaient la bandoura pour accompagner leurs chants et récits épiques. Les premières mentions à ces musiciens apparaissent dans des documents historiques du 16ème siècle. A l'origine, ils composaient et exécutaient des chants lyrico-épiques, sur un style récitatif, qui relataient des faits d'ordre historique. Plus tard, ils introduisirent plus de variété dans leur répertoire, en ajoutant des chants religieux, des danses et des pièces humoristiques. Les bandouristes étaient très populaires et l'estime que leur vouaient les cosaques Zaporogues leur valait d'être admis dans la cour du Hetman et des principaux nobles.
Au 19ème siècle, le plus célèbre des bandouristes était O. Veresayi, qui était aveugle, infirmité curieusement assez largement répandue dans cette communauté. Celle-ci était en outre la cible de la persécution tsariste, principalement dans les grandes villes, et vers la fin du siècle, l'art de la bandoura avait sérieusement décliné.

Hrehory  Kytasty - Bandouriste La fin du régime tsariste entraîna un regain de vitalité au début du 20ème siècle. La pratique de l'instrument se développa tant chez les amateurs qu'au niveau professionnel, et de nombreux ensembles de bandouristes se formèrent. C'est ainsi que le premier ensemble ukrainien de bandouristes a été créé à Kiev en 1918. Ce développement a eu lieu en dépit de la persécution du régime soviétique, qui, tout comme le régime tsariste précédent, voyait d'un mauvais œil ces représentants de la tradition populaire se manifester en public. La répression culmina avec la déportation de nombreux de bandouristes dans les années 30 (dont le fameux Khotkhevitch, concepteur de la bandoura moderne).

A partir des années cinquante, la pratique de la bandoura a été introduite dans les écoles de musique et les conservatoires. De nombreux nouveaux ensembles se sont créés à travers tout le territoire, y compris des ensembles féminins, ce qui est remarquable car jusqu'alors, l'instrument n'était pratiqué que par des hommes. Le répertoire et la technique de jeu ont considérablement évolué sous l'influence d'artistes tels que Kolomyiets, Miaskov et Kytasty Aujourd'hui, le plus représentatif des ensembles est la Capella Nationale des Bandouristes d'Ukraine, dirigée à Kyiv par Mykola Hvozd.

Hrehory Kytasty
Bandouriste d'Ukraine

 

 


 

Cosaque Mamayi

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