Liturgie Orthodoxe
 

 
Regards

Dmytro Bortniansky (1751 - 1825), est né à Hloukhiv, ville de l'Ukraine de la rive gauche du Dniepr. Ses talents musicaux se sont révélés très tôt, et dès 1758 - à l'âge de sept ans - il est envoyé à Saint Petersbourg où il rejoint Maksym Berezovsky, un garçon de sa ville natale appelé à devenir lui aussi un musicien de talent. Devenu membre du chœur de la cour impériale, où il est soliste dès l'âge de 12 ans, Bortniansky étudie la musique sous la direction du musicien et compositeur italien Baldassare Galuppi.

En 1769, son contrat étant venu à terme, Galuppi retourne à Venise et emmène le jeune Bortniansky avec lui. Le jeune homme passe 11 ans en Italie, le centre mondial de la musique, où il développe ses talents de compositeur. Il crée 3 opéras à Venise et Modène, et compose des œuvres liturgiques sur des textes latins et allemands. De retour à Saint Petersbourg, il devient compositeur, enseignant et chef d'orchestre à la cour. Il crée 3 opéras français La fête du seigneur, Le faucon (1786) et Le fils rival (1787), des chants sur des textes français, et des compositions pour piano et harpe.

En 1796, Bortniansky est promu dirigeant du chœur de la cour, composé en majorité d'Ukrainiens, dont il élève le niveau d'excellence. C'est à partir de cette date qu'il produit plus de 100 œuvres liturgiques, qui combinent les traditions antiques de l'art choral ukrainien avec les tendances de la musique européenne de l'époque. L'influence des mélodies traditionnelles d'Ukraine est clairement perceptible. Dans son œuvre exclusivement axée sur le chant a capella, Bortniansky démontre une maîtrise technique parfaite du chant choral tout en l'imprégnant d'une profonde spiritualité.

L'oeuvre de Bortniansky a grandement contribué à répandre et élever la pratique du chant choral en Ukraine. En Ukraine occidentale en particulier, elle a stimulé la renaissance de la musique nationale du début du 19ème siècle.

 

Maksym Berezovsky (1745 - 1777). Contemporain de Dmytro Bortniansky et également né à Hloukhiv, Maksym Berezosky a fait ses études à l'Académie Mohyla de Kyiv, puis devient membre du chœur de la Cour de Saint Petersbourg, où il se forme à l'art de la composition musicale. Entre 1765 et 1774, il séjourne à Bologne en Italie et entre à l'Académie de philharmonie de cette ville. Après son retour en 1775 à St Petersbourg, pris dans des intrigues de cour, il finit par se suicider.

Maksym Berezosky est le premier représentant de la musique classique ukrainienne, et surtout l'un des créateurs du style choral ukrainien en musique sacrée. Il a composé l'opéra Demofonte (créé en Italie en 1773), une sonate pour violon et harpe, et une série d'œuvres sacrées : 12 concertos et un cycle complet de chants liturgiques.


Mykola Dyletsky (? - ?). Né à Kyiv, ce théoricien de la musique, à la fois compositeur et pédagogue, s'est formé à Vilnius (1675), puis a travaillé dans plusieurs villes : Smolensk, Kyiv, Mocou, Saint Petersbourg, Lviv et Cracovie. Ce fut un maître de musique polyphonique chorale. Il a légué notamment plusieurs compositions pour chœurs à 4 et 8 voix, et des œuvres liturgiques.

Mais le plus important de son œuvre est sa Grammaire musicale, un manuel du chant polyphonique où il explique les règles fondamentales de la musique, en les illustrant par des extraits provenant de ses propres œuvres ou d'autres musiciens. Cet ouvrage, écrit une première fois en 1675 à Vilnius, a été plusieurs fois remanié et adapté en tenant compte des besoins de son enseignement. La dernière version connue, écrite en ukrainien en 1723, a été découverte à Lviv et publiée à Kyiv en 1970.

 


   Artem Vedel, compositeur ukrainien renommé, illustre dirigeant, chanteur éblouissant (ténor), violoniste virtuose et pédagogue musical. Autant de talents pour une seule personne, mais quel tragique destin... A l'âge de 35 ans, débordant de projets créatifs, enrichi par l'expérience, il est emprisonné dans un asile psychiatrique où il passe neuf années de sa vie dans des conditions atroces. Sa vie s'achève à l'âge de 41 ans, mais sa tragédie se prolonge bien plus longtemps : il est interdit d'éditer et d'interpréter ses œuvres. C'est seulement un demi-siècle après sa mort que fut rédigée une biographie complète du compositeur, et ce n'est qu'un siècle plus tard que furent éditées ses premières œuvres. Cette brève renaissance est rapidement remplacée par un silence presque centenaire dû cette fois au régime soviétique. Mais la musique de Vedel continue à vivre et à être interprétée par le peuple car elle est née du grand amour de Vedel pour ce dernier.
   A la fin de notre siècle, pour la première fois est édité un catalogue des œuvres d'Artem Vedel, rassemblé par le critique d'art Tetiana Hussarchuk, et rédigé par Andriy Kutasevych. Grâce à ce travail de recherche, Vedel est apparu comme une éminente personnalité dans l'histoire de la culture de l'Ukraine et du monde. "Beaucoup de personnes, à diverses périodes, ont tenté et tentent encore de faire revivre et renaître le génie de Vedel, mais sans succès, car y parvenir n'appartient pas à n'importe quelle voix et à n'importe quelle main", écrit Tetiana Hussarchuk. Le Chœur de Chambre Kyiv fait partie de ceux qui aspirent à dévoiler le monde spirituel du grand maître et faire connaître sa grandeur.
Mykola Hobdych
, Artiste émérite d'Ukraine, directeur artistique du Chœur de Chambre Kyïv - Texte extrait de la pochette du CD "Toi-ma force, Seigneur, enregistré par le Chœur de Chambre Kyiv en 1999.
     
     

   Voix d'Ukraine - mai 2001 - mai 2003